C'est le chapitre que beaucoup de guides post-partum traitent en trois lignes. C'est pourtant celui qui a le plus d'impact sur la récupération globale.
Deux réalités différentes
Le baby blues
Il survient dans les premiers jours suivant l'accouchement. Il est directement lié à la chute hormonale brutale — en 24 à 72 heures, œstrogènes et progestérone s'effondrent, la chute la plus rapide de toute la vie hormonale d'une femme.
Il se manifeste par une hypersensibilité émotionnelle, des pleurs sans raison identifiable, une irritabilité, un sentiment d'être dépassée. Il est transitoire et se résout spontanément en quelques jours.
La dépression du post-partum
C'est autre chose. Elle s'installe, elle dure, et elle ne se résout pas toute seule.
En France, l'Enquête nationale périnatale 2021 retrouve des symptômes de dépression du post-partum chez 16,7 % des femmes à deux mois après l'accouchement.21 À l'échelle internationale, une revue systématique avec méta-analyse portant sur des mères en bonne santé retrouve des ordres de grandeur comparables selon les populations et les outils utilisés.22
Autrement dit : environ une femme sur six. Ce n'est ni rare, ni marginal, ni un défaut de caractère.
Ce qui distingue l'un de l'autre
Trois critères, plus utiles qu'une liste de symptômes.
La durée. Le baby blues dure quelques jours. Au-delà de deux semaines, on ne parle plus de baby blues.
L'intensité. Le baby blues fait pleurer ; la dépression éteint. La perte de plaisir pour ce qui en procurait auparavant est un signe majeur.
Le retentissement. La dépression affecte le fonctionnement quotidien : sommeil qui ne se répare pas même quand l'occasion se présente, alimentation, capacité à s'occuper de soi et du bébé, relations.
L'outil de repérage de référence
L'échelle EPDS — Edinburgh Postnatal Depression Scale — est un questionnaire de dix items conçu spécifiquement pour le dépistage de la dépression postnatale, publié en 1987 et depuis largement validé et traduit.20
Deux précisions qui comptent :
- C'est un outil de repérage, pas de diagnostic. Un score élevé indique qu'il faut consulter, il ne pose pas un diagnostic à lui seul.
- Il est fréquemment utilisé lors de l'entretien postnatal précoce, obligatoirement proposé en France entre la 4e et la 8e semaine suivant l'accouchement.21
Le facteur aggravant qu'on sous-estime
Le manque de sommeil n'est pas qu'une fatigue. Une revue systématique consacrée au lien entre perturbation du sommeil en post-partum et dépression retrouve une association entre les deux : le sommeil fragmenté est associé à une majoration des symptômes dépressifs.23
Cela ne signifie pas que dormir suffit à soigner une dépression. Cela signifie que la privation de sommeil est un facteur à prendre au sérieux, et non une contrainte à endurer en silence.
Ce qui aide, en plus du soin
Les méta-analyses d'essais randomisés portant sur les interventions fondées sur l'exercice montrent un effet favorable sur les symptômes dépressifs du post-partum.18 Une revue consacrée spécifiquement à l'exercice aérobie va dans le même sens.19
L'activité physique est un complément utile, pas un substitut à une prise en charge. Personne ne guérit une dépression en marchant.
Quand demander de l'aide, sans attendre
- Symptômes qui persistent au-delà de deux semaines.
- Impossibilité de dormir même quand le bébé dort.
- Sentiment de ne pas parvenir à créer de lien avec votre bébé.
- Anxiété envahissante, pensées intrusives.
- Idées noires, ou pensées de faire du mal à vous-même ou à votre bébé.
Ce dernier point est une urgence. Il n'y a rien à justifier, rien à mériter, et aucun délai à respecter : contactez immédiatement votre médecin, votre sage-femme, ou le 15.
Vous pouvez également joindre le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, accessible 24h/24 et 7j/7.
Une phrase à garder
Demander de l'aide n'est pas un aveu d'échec de la maternité. C'est exactement ce que fait une personne qui prend soin de son enfant.