Comprendre

Diastasis des grands droits : ce que disent les chiffres

60 % des femmes à 6 semaines, 45,4 % à 6 mois, 32,6 % à 12 mois. Ce que ces chiffres signifient vraiment, et pourquoi il faut se méfier des méthodes qui promettent de « refermer » un diastasis en 21 jours.

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Pendant la grossesse, la ligne blanche — le tissu conjonctif qui relie vos deux muscles grands droits — s'assouplit et s'écarte pour laisser la place. C'est une adaptation normale, pas une blessure.

Le diastasis, c'est cet écartement quand il persiste après l'accouchement.

Les chiffres, et ce qu'ils changent

Une cohorte norvégienne de 300 femmes suivies dans le temps donne des repères clairs : un diastasis est présent chez 60 % des femmes à 6 semaines, 45,4 % à 6 mois et 32,6 % à 12 mois après l'accouchement.9

Une autre étude, portant sur la fin de grossesse jusqu'à 6 mois post-partum, retrouve des ordres de grandeur comparables et s'intéresse au lien avec les douleurs lombo-pelviennes.10

Deux conclusions pratiques en découlent.

D'abord, c'est extrêmement fréquent. Si vous avez un diastasis à six semaines, vous êtes dans le cas de la majorité des femmes. Ce n'est ni un échec, ni une anomalie rare.

Ensuite, cela se referme largement tout seul. Entre 6 semaines et 12 mois, la proportion de femmes concernées est presque divisée par deux, sans intervention particulière. Le temps fait une grande partie du travail.

Ce que la science dit — et ne dit pas

C'est ici qu'il faut être précis, parce que c'est le terrain de jeu favori du marketing.

Les revues systématiques disponibles concluent que le niveau de preuve reste faible pour recommander un programme d'exercices précis comme traitement du diastasis, et aucun protocole n'a démontré sa supériorité absolue.11 Un essai contrôlé randomisé évaluant un programme d'entraînement post-partum sur la prévalence du diastasis chez des primipares va dans le même sens.12

Attention au contresens : cela ne signifie pas qu'il ne faut rien faire. Cela signifie qu'il faut se méfier de toute méthode qui promet de « refermer votre diastasis en 21 jours », de tout programme vendu comme la solution scientifiquement prouvée, et de toute affirmation catégorique sur un sujet où la littérature reste prudente.

La bonne question n'est pas l'écart, c'est la tension

Mesurer un écartement en travers de doigts est devenu un réflexe, souvent anxiogène et peu informatif. L'objectif utile est fonctionnel :

  • Votre paroi tient-elle la pression ?
  • Le ventre reste-t-il stable quand vous vous levez, toussez, portez ?
  • La ligne blanche offre-t-elle une résistance, ou tout s'enfonce-t-il ?

Une ligne blanche qui reste un peu large mais qui tient vaut mieux qu'un écart réduit sur un tissu qui s'effondre au moindre effort.

Ce qui est raisonnable de faire

Il n'existe pas de protocole miracle, mais un cadre cohérent avec l'ensemble des données :

  1. Ne pas commencer par le renforcement. On ne charge pas un tissu conjonctif encore en remodelage. Cette phase dure typiquement jusqu'à 6–12 semaines.
  2. Travailler la coordination avant la force. Respiration, transverse, plancher pelvien : c'est le caisson abdominal dans son ensemble qui gère la pression, pas un muscle isolé.
  3. Éviter les exercices qui font pousser le ventre vers l'avant tant que la paroi ne tient pas : redressements assis classiques, planches tenues longtemps, efforts en apnée.
  4. Se faire évaluer. Une sage-femme ou un kinésithérapeute spécialisé évaluera la fonction, pas seulement l'écart.

Quand consulter sans attendre

Un diastasis en lui-même n'est pas une urgence. En revanche, consultez si vous constatez :

  • une hernie visible ou une bosse douloureuse sur la ligne médiane ;
  • des douleurs lombaires ou pelviennes qui s'aggravent ;
  • des fuites urinaires ou une sensation de pesanteur pelvienne associées ;
  • une gêne fonctionnelle qui persiste au-delà de plusieurs mois malgré une reprise progressive.

Le diastasis n'est presque jamais le vrai problème. C'est le symptôme visible d'un caisson abdominal qui n'a pas encore retrouvé sa coordination — et c'est cela qu'on travaille.

Références citées dans cet article

  1. 9.Sperstad JB, Tennfjord MK, Hilde G, Ellström-Engh M, Bø K. Diastasis recti abdominis during pregnancy and 12 months after childbirth: prevalence, risk factors and report of lumbopelvic pain. British Journal of Sports Medicine, 2016;50(17):1092–1096. détail
  2. 10.Fernandes da Mota PG, Pascoal AG, Carita AI, Bø K. Prevalence and risk factors of diastasis recti abdominis from late pregnancy to 6 months postpartum, and relationship with lumbo-pelvic pain. Manual Therapy, 2015;20(1):200–205. détail
  3. 11.Benjamin DR, van de Water ATM, Peiris CL. Effects of exercise on diastasis of the rectus abdominis muscle in the antenatal and postnatal periods: a systematic review. Physiotherapy, 2014;100(1):1–8. détail
  4. 12.Gluppe SL, Engh ME, Bø K. Effect of a postpartum training program on the prevalence of diastasis recti abdominis in postpartum primiparous women: a randomized controlled trial. Physical Therapy, 2018;98(4):260–268. détail

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