C'est probablement la partie du parcours post-partum la plus mal connue, alors qu'elle est organisée, prévue par le système de soins, et prise en charge.
Trois rendez-vous distincts, qu'on confond souvent
1. L'entretien postnatal précoce
Depuis le 1er juillet 2022, un entretien postnatal précoce doit être obligatoirement proposé à toutes les femmes, entre la 4e et la 8e semaine suivant l'accouchement.8
Il est réalisé par une sage-femme ou un médecin. Son objet principal n'est pas l'examen physique mais le repérage des difficultés : santé mentale, épuisement, difficultés d'allaitement, isolement, violences. C'est un temps de parole, et il est prévu qu'un second entretien puisse être proposé si nécessaire.
Si personne ne vous l'a proposé, vous pouvez le demander.
2. La consultation postnatale
C'est l'examen médical classique, réalisé dans les semaines suivant l'accouchement. Il fait le point sur la cicatrisation, la contraception, l'état général — et c'est en général à cette occasion qu'est prescrite la rééducation périnéale.
3. La rééducation périnéale
Réalisée par une sage-femme ou un kinésithérapeute, sur prescription. C'est un travail d'apprentissage et de renforcement du plancher pelvien, pas une simple série d'exercices.
La rééducation abdominale, quand elle est indiquée, vient après la rééducation périnéale — jamais avant. Renforcer les abdominaux sur un plancher pelvien qui ne tient pas revient à augmenter la pression sur la partie la plus fragile.
Ce que dit la recherche
Le niveau de preuve est ici particulièrement solide, ce qui n'est pas si fréquent dans le domaine.
Deux revues Cochrane établissent que l'entraînement des muscles du plancher pelvien est le traitement de première intention de l'incontinence urinaire féminine, en prévention comme en traitement, en période prénatale et postnatale.13,14
Le point déterminant est l'encadrement. Une contraction du plancher pelvien correctement réalisée n'est pas intuitive : une proportion importante de personnes pousse vers le bas en croyant serrer. Un professionnel vérifie que le geste est le bon avant de faire répéter — c'est précisément ce qu'une vidéo ne peut pas faire.
La prise en charge en France
Les séances de rééducation périnéale post-natale sont prises en charge par l'Assurance Maladie sur prescription médicale.7
Le nombre de séances prescrites, les taux de remboursement et les conditions évoluent régulièrement. Plutôt que de vous fier à un chiffre lu quelque part — y compris ici —, vérifiez l'information en vigueur directement sur ameli.fr ou auprès de votre caisse. C'est le seul moyen d'avoir une réponse à jour.
Bon à savoir : la rééducation n'est pas réservée aux accouchements par voie basse. Après une césarienne, le plancher pelvien a également porté neuf mois de charge croissante ; l'indication se discute avec votre praticien.
Les signes qui doivent vous amener à consulter
Ces symptômes sont fréquents après un accouchement. Ils ne sont pas pour autant à accepter comme définitifs :
- fuites urinaires à l'effort — toux, éternuement, rire, course ;
- urgences urinaires, envies impérieuses difficiles à retenir ;
- sensation de pesanteur ou de « boule » vaginale ;
- douleurs lors des rapports sexuels ;
- incontinence anale ou aux gaz, même occasionnelle ;
- difficultés à contracter volontairement le plancher pelvien.
Ce dernier point mérite d'être souligné : ne pas parvenir à sentir la contraction est en soi un motif de consultation, pas une raison de s'entraîner davantage toute seule.
Ce qu'il faut retenir
Le parcours existe, il est financé, et il repose sur des données solides. La difficulté n'est généralement pas d'y accéder — c'est de savoir qu'il existe, et d'oser le demander.